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Lettre ouverte 

Pourquoi cette tension sur les départs de course ?

Ces dernières semaines, les images de chutes spectaculaires au départ de certaines courses ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Ces scènes, souvent impressionnantes, soulèvent une question essentielle : pourquoi assiste-t-on à autant d’incidents dès les premiers mètres d’une épreuve ?

 

À travers cette lettre ouverte, notre collectif souhaite comprendre les origines de ce phénomène et proposer des pistes de réflexion. Les critiques sont les bienvenues dès lors qu’elles sont constructives. Nous avons d’ores et déjà recueilli plusieurs témoignages – anonymes – principalement d’athlètes engagés sur des 10 km sur route.

"Des SAS de départ souvent mal respectés"

 

 

Le premier constat qui revient fréquemment concerne la gestion des SAS. Plusieurs coureurs évoquent des zones de départ mal organisées ou incohérentes.

 

TA* : « Les SAS étaient étrangement constitués. J’étais inscrite en -40’ femme, mon compagnon en -40’ homme. Résultat : il s’est retrouvé deux SAS derrière moi, alors que des hommes en 35’ partaient après les femmes en -40’ ! Très flippant. Je ne comprends pas pourquoi les femmes et hommes d’un même niveau ne partent pas ensemble. »

 

Selon cette athlète, cette confusion dans les SAS serait à l’origine de nombreuses bousculades et d’un stress croissant au moment du départ.

 

TA* : « J’ai vu un homme bousculer une femme dans le SAS préférentiel, persuadé qu’il devait être en élite. Son coéquipier lui a dit : “Commence par faire le chrono avant de vouloir y être.” »

 

Ce type de scène illustre une dérive liée à la quête de performance : beaucoup de coureurs se placent en fonction de leurs ambitions plutôt que de leurs chronos réels, créant des déséquilibres dangereux.

 

TA* : « J’étais en troisième ligne. Dès le coup de pistolet, un coureur est tombé devant moi. J’ai dû lui marcher dessus avant de tomber à mon tour. J’ai pris des coups de pied, puis un ami m’a tiré par le bras. J’ai abandonné, couverte d’hématomes. Depuis, j’ai peur des départs de course. »

 

Un témoignage fort, révélateur d’une tension nouvelle sur les lignes de départ.

 

Des questions à se poser collectivement

Ces témoignages appellent plusieurs réflexions :

  • Faut-il repenser l’organisation des SAS ?

  • Les comportements des coureurs ont-ils évolué ?

  • Les chutes sont-elles dues à un manque de structure ou à une mentalité de plus en plus compétitive et individualiste ?

Notre sport vit une période positive. Les courses rassemblent des milliers de participants, avec un niveau de densité rarement observé auparavant. Mais cet engouement met aussi en lumière de nouvelles problématiques qu’il est urgent d’aborder.

 

Les réseaux sociaux pointent souvent les organisateurs du doigt. Pourtant, les témoignages recueillis montrent que les comportements individuels jouent aussi un rôle majeur. Beaucoup d’amateurs, aujourd’hui mieux préparés et équipés (stage, équipement, déplacement, dossard …), abordent la course avec une pression de résultat importante. Sur la ligne de départ, la tension est palpable, parfois excessive.

Le rôle des organisateurs

Les organisateurs ont eux aussi leur part de responsabilité. La mise en place de SAS sécurisés et cohérents doit primer sur la logique économique. Plusieurs pistes émergent :

 

  • Des départs par vagues de performance ;

  • La séparation entre épreuves « populaire » et « élite » ;

  • Des SAS mieux contrôlés, (bien sûr nous comprenons la problématique lié à la pénurie de bénévoles sur ce type de fonctionnement);

  • Des départs sur de larges boulevards sans obstacles ;

  • Des départs différés entre élites féminines et masculines.

 

Certaines courses ont déjà franchi le pas.

Le Semi-Marathon international des Sables-d’Olonne a instauré depuis 2024 des départs par vagues, avec succès.

La Corrida de Houilles, pionnière du genre, sépare depuis longtemps ses courses « élite » et « populaire ».

Les Foulées Choletaises prévoient d’adopter ce système dès 2026.

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Les SAS féminins : un enjeu particulier

Ce sujet revient souvent parmi nos athlètes féminines. Les départs mixtes créent une pression supplémentaire. Une athlète courant en 35’ (3’30/km) se retrouve parfois entourée d’hommes visant 31’ (3’06/km) – une différence de 24 secondes au kilomètre dès le départ !

 

« Avant même la course, c’est le stress du départ qui domine », confie une athlète régionale.

 

Les SAS différenciés permettraient de réduire la tension, tout en évitant aux hommes l’agacement de se retrouver derrière des athlètes partant plus lentement.

Une autre piste consiste à intégrer des pacers officiels dans les SAS féminins, clairement identifiés, pour aider sans créer d’embouteillages.

 

Temps réel, temps officiel : un flou persistant

Autre sujet souvent évoqué : la différence entre le temps réel (pris au passage sur la ligne) et le temps officiel (pris au coup de pistolet). Beaucoup de coureurs s’interrogent : pourquoi ces écarts ? Mon temps est bien pris à mon passage sur la ligne de départ et la ligne d’arrivée ? 

Ces questions méritent une clarification technique, que nous souhaitons approfondir avec les acteurs concernés.

 

Pour un départ plus serein

Enfin, une idée revient fréquemment : un léger décalage de 20 à 30 secondes entre les départs des élites féminines et masculines. Techniquement, est-ce possible ? Certains organisateurs affirment que non ; d’autres y voient une voie d’expérimentation.

En conclusion

Notre objectif à travers cette lettre n’est pas de pointer du doigt ni les coureurs, ni les organisateurs. Il s’agit de comprendre, dialoguer et proposer des solutions concrètes pour préserver la sécurité et l’esprit de convivialité qui font la richesse de notre sport.

 

Nous remercions chaleureusement toutes celles et ceux qui ont partagé leurs témoignages. Continuons à en parler, à réfléchir, et surtout à courir… dans le respect et la bienveillance.

N'hésitez à nous écrire avec vos suggestions via l'onglet

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